Interview exclusif: Asif Arif “Au Pakistan, les ahmadis persécutés”
Il y a plusieurs jours, trois personnes étaient lynchées par la foule au Pakistan. Leur tort : être de confession ahmadie. Asif Arif, spécialiste de la question, publie un livre sur la question. Entretien.
Jennifer Chainay : Il y a quelques jours, trois personnes sont mortes au Pakistan après la publication d’une photo jugée « blasphématoire » sur Facebook. Comment peut-on expliquer de telles actions de la part du Pakistan contre les ahmadis, notamment des femmes et des enfants ?
Asif Arif : La loi relative au Blasphème, telle qu’elle est appliquée au Pakistan, est devenue l’outil de toutes les instrumentalisations. Sans remonter aux origines du blasphème, on se rend compte que, depuis longtemps, les chefs religieux du Pakistan ont énormément misé sur cette loi pour asseoir une forme d’autorité qu’elle soit politique ou morale. Les effets pervers d’une mauvaise utilisation de la loi sur le blasphème se fait ressentir concernant toutes les minorités au Pakistan : qu’il s’agisse des chrétiens (avec le cas d’Asia Bibi), des hindous (avec le cas de Rhoop Chand Bheel) ou encore les ahmadis. Avant d’expliquer le cas de cet acte odieux commis à l’égard d’une femme et de deux enfants au Pakistan, j’aimerais préciser que les chrétiens ont également été touchés par une affaire de blasphème, mais il s’agissait d’un blasphème par sms. Sajjad Massih Gill a en effet été reconnu coupable au titre de cette loi pour avoir envoyé un sms bien qu’on ne sache pas en quoi son contenu était blasphématoire.
De façon similaire, le 27 juillet 2014, des extrémistes anti-ahmadis se sont réunis pour une manifestation dans le quartier Kachi-Pump, à Gujranwala, sous le prétexte qu’un jeune Ahmadi avait défiguré une image de la Ka’aba (la Mosquée sacrée de la Mecque) sur Facebook. Cette accusation, comme souvent, étaient dénuée de tout fondement. La « manifestation » s’est aussitôt transformée en attaque meurtrière : les maisons des ahmadis ont été incendiées, saccagées et pillées. Deux véhicules de police étaient présents sur place au début des faits ; les policiers se sont contentés d’assister aux violences sans arrêter la foule. Les ahmadis avaient tenté d’évacuer leurs demeures : toutefois, en raison de l’ampleur de l’incendie, les trois martyres, Bushra Bibi, âgée d’une cinquantaine d’années et ses deux petites-filles Hira, 7 ans, et Kaainat, 8 mois, ont été piégées à l’intérieur de leur maison et sont décédées par asphyxie. Mubashara Bibi, enceinte de 7 mois, a subi une fausse couche. Huit autres femmes et enfants souffrent de brûlures, certains sont dans un état critique. La foule en furie a empêché les pompiers d’éteindre les flammes et s’en est pris, à coup de pierres, aux ambulances qui venaient au secours des victimes ahmadis.
